Ayant triomphé de la planification autoritaire après la chute du Mur de Berlin, l'économie de marché n'a plus trouvé de concurrent capable de la détrôner. Aujourd'hui, l'économie de marché est en situation de monopole et si les économistes se réclamant du libéralisme, nous promettaient que celui-ci apporterait paix et prospérité, un cercle vertueux où davantage d'économie de marché apporterait indubitablement plus de démocratie, elle- même source d'extension de l'économie de marché, force est de constater qu'avec les événements récents, le cercle vertueux s'est transformé en cercle vicieux avec notamment les instabilités financières, les crises qu'il engendre en plus de la destruction de l'environnement et des inégalités croissantes.
La crise actuelle qui secoue la finance mondiale nous amène à nous interroger sur l'avenir du (néo)libéralisme. La nationalisation des deux géants du crédit américain Fannie Mae et Freddie Mac et de la seconde compagnie d'assurance mondiale AIG par le gouvernement des Etats-Unis est éloquente. L'Etat, bête noire de tous les libéraux, fait un retour fracassant dans l'économie. Est-ce à dire que le tout marché c'est bien fini et que néolibéralisme était un retrait de l'Etat ? Non, certainement pas. Les années 80 en Angleterre et aux Etats- Unis ont ouvert une période d'intervention importante de l'Etat dans l'économie mais pour changer les règles, déréguler, au profit des plus riches. Le marché ne fonctionne pas sans institutions, sans règles et l'orientation choisie par les (néo)libéraux a été celle d'un changement des règles du jeu au profit des plus puissants. En témoigne les difficultés des syndicats, la réduction de la protection sociale obligeant les individus à prendre des assurances privées...
L'Etat américain a injecté des milliards de dollars pour aider ses banques afin que des faillites à la Lehman Brother ne se reproduisent plus. Soyons clairs, cette intervention majeure de l'Etat dans l'économie était plus que nécessaire. Les banques n'ont plus confiance, elles ne se prêtent d'argent entre elles, il y a un manque de liquidité. Même en économie de marché, les banques restent des acteurs centraux de la distribution de financements et donc de croissance et d'emploi. Il fallait que la 1ère puissance mondiale par conséquent intervienne d'abord pour sauver son économie mais également parce que s'il y a récession chez elle alors c'est le monde entier qui est touché de par le phénomène de globalisation et il fallait à tout pris éviter que l'économie réelle ne soit touchée. (Peine manquée ?) Mais ces 700 milliards de dollars prévus par le Plan Paulson, qui va les débourser si ce n'est les contribuables ? Preuve que l'on peut être libéral et ne pas se sentir concerné par le sort des plus pauvres. Est- ce aux ménages américains de payer pour des banques qui ont joué avec le feu en accordant des crédits à des ménages non solvables, ce qui veut dire en gros et pour caricaturer à des ménages sans revenus, sans travail, sans finalement une capacité de remboursement de l'emprunt ? La responsabilité est partagée : les banques n'avaient pas à proposé à des ménages non solvables des crédits pour l'achat de leur maison si elles savaient qu'il y aurait un retour de balancier et les ménages n'auraient pas dû emprunter ! On n'emprunte pas si on ne peut pas rembourser ! Avec ce sauvetage du système au bord de l'effondrement, on sauve la tête à des banquiers peu scrupuleux, spéculateurs mais aussi à l'économie réelle. Mais d'ailleurs, je m'interroge : que sont devenus ces ménages à qui on a enlevé leur maison ? Où logent-ils ? Que deviennent-ils ? Et ces maisons vides, qu'en fait-on ?
Des innovations financières sous le nom de tritisation, centres financiers offshore... ont construit des zones mondiales où ne règne non pas la transparence mais à l'inverse l'opacité. Des zones dont on connaît l'existence de risques conséquents mais que régulateurs publics et entreprises privées n'arrivent à pas mesurer. Enfin, si, un jour, la crise éclate, les dégâts sont d'une ampleur considérable et à ce moment là, alors on mesure les risques encourus par - disons la clairement- des parasites. Quand comprendrons- nous que c'est lorsque le pouvoir politique encadre la finance que celle-ci produit le moins de dérèglement ? Le projet de l'économiste F. Hayek était d'instaurer un vrai libéralisme fondé sur l'ordre du marché, une ordre du marché qui serait né de manière spontanée et garantissant une liberté maximale. Peut-on vraiment penser que c'est possible quand on voit la situation actuelle ? La liberté, on doit en user mais ne pas en abuser, la liberté exige la responsabilité. Smith et Hayek entre autres, pensaient que le marché nait spontanément mais en vérité c'est lorsque le marché a été organisé et réglementé qu'il a pris un véritable essor. De plus, si la naissance d'institutions a participé à son dynamisme, nous ne devons pas oublier que le marché doit être contenu pour ne pas que ce soit le règne de l'exploitation du plus faible par le plus fort. On peut se féliciter des interventions multiples du législateur dans le domaine de la santé, de l'éducation, et surtout du travail. Il faut une limitation au tout marché, thèse défendue par K. Polanyi dans un des ses livres La grande transformation sinon le fait que tout devienne objet de marché conduit à des dégâts, des catastrophes d'ordre social. Et même si je ne partage pas dans son entier la thèse défendue par ce socio économiste, qui grosso modo, disait que le peuple préfère une régulation autoritaire à une régulation plus libérale car il se sent plus en sécurité d'une part et que d'autre part le marché sans limites tend à engendrer le fascisme parce que c'est ce qui arrive quand les règles sociales ne sont plus assez fortes, il n'en demeure pas moins que la question qui se pose est la suivante : Dans une société mondialisée, comment allier dynamique du marché et limites de celui-ci ? Les contre pouvoirs instaurés par le marché comme la concurrence (définie comme une « procédure de découverture efficace » comme « un processus de formation de l'opinion » par Hayek) ne suffisent pas et il n'y pas de pouvoir politique au nouveau mondial qui puisse assurer une régulation qui s'avère indiscutablement nécessaire. On le voit avec l'Europe qui est incapable ou presque de mener une action concertée qui en imposerait vraiment. On se met d'accord sur la hauteur minimale, on va garantir les dépôts mais aucune action qui montrerait que l'Union européenne, en plus d'être une union économique est également une union politique. Et puis le marché, soit on y croit, soit on n'y croit pas : c'est la question de la confiance. Et le basculement de l'état optimiste à celui de pessimiste se caractérise par une crise financière comme en témoigne notre situation actuelle. Les acteurs sont plein d'incertitudes quant à l'avenir à court et à moyen terme donc ils n'investissent plus, et les indicateurs de croissance leur donnant raison, ils retirent leurs billes du jeu malgré les multiples interventions des dirigeants politiques pour rassurer les investisseurs...

