On l'attendait avec impatience, il suscitait des interrogations, des appréhensions mais également de la ferveur chez les sympathisants et adhérents, il devait être le rendez vous des socialistes, il s'est soldé par un échec... Que retenir du 75ème Congrès du Parti socialiste à Reims hormis le fait de s'être demandé si Ségolène Royal avait oublié sa brosse à l'hôtel le Continental quand on a vu qu'elle n'était pas peignée lors de son intervention devant les congressistes en fin de matinée? (C'est petiiit mais c'était très voyant à la télé^^)
Pour ma part, je soulèverai cinq points :
- Un invité surprise lors de ce Congrès qui n'a été d'autre que le Modem : la question des alliances a sans doute été le point de divergence de ce WE. Les motions de Delanoe, Aubry et Hamon, étant farouchement opposées à une alliance avec le Modem alors que celle de Royal, propose un rassemblement de la gauche jusqu'au centre. 1ère observation : ceux qui aujourd'hui sont opposés à cette alliance paraissant si contre nature, tenaient- ils le même discours qu'hier ? Si l'on songe à Aubry, alors on n'en doute fortement puisqu'à Lille, elle s'est alliée avec le Modem. 2ème observation : Ségolène Royal propose d'abord le rassemblement avec la gauche et ensuite avec le centre et pas le contraire. 3ème observation : il est évident que si demain le programme des socialistes est mobilisateur, répond aux aspirations des citoyens et ancré dans la réalité alors les électeurs de gauche, partis au Front national, au centre, ou à l'extrême gauche, reviendront vers les socialistes et alors, la gauche réunie aux dernières présidentielles qui rassemblait grosso modo, 35%, pourrait rassembler plus large et dans ce cas là, inutile d'avoir recours au Modem. 4ème observation : je pense que les électeurs sont libres et que ce n'est pas parce que leur leader dit qu'il faut votez pour tel ou tel candidat que les électeurs suivent forcément le choix de leur leader. Enfin, 5ème observation : je dirai que cette question des alliances est un faux débat. Ce qui compte, c'est d'abord le programme et ensuite la stratégie (quand on est en situation ! Ce qui n'est pas toujours le cas) et non pas penser stratégie avant l'élaboration d'un programme commun.
- Si l'on en doutait encore, ces trois jours nous ont convaincus : Ségolène Royal ne fait en aucune façon, l'unanimité, son personnage est un personnage clivant, on l'aime ou on la déteste. J'y reviendrai plus tard, dans un 2ème temps, mais je tenterai de vous expliquer pourquoi je fais partie de ces gens qui ne l'apprécient pas.
- Un parti assez réfractaire au changement finalement : les militants élisent désormais leur 1er secrétaire au SU, je trouve que c'est le meilleur moyen de faire exprimer la démocratie mais les caciques du parti ont tendance à ne pas approuver les méthodes de Ségolène Royal (de fait cela concourt à son impopularité auprès d'eux) qui constituent à contourner le parti en allant chercher le soutien des militants. Mais quelle plus belle légitimité que celle des militants ? D'où un autre point de désaccord entre eux : le futur parti rénové sera-t-il un parti de militants ou de fans ? La motion de Royal veut que le PS se transforme en parti de masse, contrairement aux autres motions qui elles, pensent que le parti socialiste a toujours été un parti de militants engagés, d'élus locaux et que le voir se transformer en parti de fans, cela est inconcevable. Je vous avouerai que je n'ai pas encore un avis tranché sur la question mais disons qu'au moment de la campagne présidentielle, avoir un parti de 500 000 militants, cela aide mais le reste du temps, peut- on compter sur ces personnes pour participer à la vie du parti, s'investir ?..
- Si le parti en est arrivé là aujourd'hui, c'est-à-dire à vivant ses heures parmi les plus sombres de son histoire, c'est en partie à cause de François Hollande. En 11ans, qu'a-t-il fait ? Certains ne lui reprochent pas, et bien moi si : comment a-t-il pu croire et comment a-t-il pu pensé être plus fort en prenant en compte tous les avis, en cherchant tout le temps le compromis pour au final ne pouvoir jamais rien trancher comme son rôle, ses responsabilités l'y obligeaient ? Ne parlons pas de la désastreuse affaire du TCE qui a amorcé sérieusement le long déclin du PS, déjà bien affaibli depuis la défaite de 2002. Les militants avaient voté "oui", Fabius a fait campagne pour le non, il aurait dû être exclu. Appartenir à un parti demande quelques devoirs. Le vote des militants était souverain, en tant que dirigeant politique, on respecte ce vote. On peut penser différemment, l'exprimer mais se lancer dans une campagne contre son parti n'est pas raisonnable du tout. Hollande a manqué d'autorité sur cette question, la question européenne qui, pourtant méritait que l'on s'y intéresse de près. Je n'évoque pas non plus les conventions qui auraient dû avoir lieu et qui sont passées aux oubliettes
- Je dirai pour terminer, qu'à l'issue de ce Congrès, il y a deux grandes tendances concernant les programmes : un, social démocrate (libéral ?) représenté par la motion de Ségolène Royal et Bertrand Delanoë et l'autre, incarné par les motions de Benoit Hamon et Martine Aubry, ancré à l'aile gauche du parti (pour Martine Aubry, disons que c'est discutable, j'en conviens^^) Mais malheureusement, on ne s'est pas trop intéressé aux programmes mais plutôt aux personnes qui les soutiennent...
Je vous avouerai que comme beaucoup de sympathisants, de militants de gauche, ou tout simplement en tant que citoyenne, je suis désabusée. Désabusée, dépitée et en colère. Le PS est plus enclin à des querelles internes qu'à incarner une véritable force d'opposition à la régression sociale à laquelle nous assistons depuis que le Gouvernement Filllon est en place. Il préfère les batailles d'égo aux propositions concrètes que les Français attendent de lui non seulement en temps que parti de l'opposition, véritable exigence de toute démocratie, mais également en parti qui s'est toujours inscrit du côté du progrès social et au côté des moins favorisés.
Ah, la bêtise des socialistes, on savait qu'elle était profonde mais à ce point là ! Ces derniers temps, on ne peut pas dire qu'ils ont brillé. Pourtant, à l'origine, cela partait d'une bonne intention. En effet, le vote des motions, le vote pour élire le 1er secrétaire faisaient état d'une grande démocratie exprimée au sein du parti. Ce qui n'est pas le cas à l'UMP alors qu'il cesse ses railleries :) . Jusqu'au moment où fut relevée, mais chose bien connue parait- il, la tricherie. Je n'y reviendrai pas, le débat est désormais clos et la 1ère secrétaire officiellement a été reconnue hier en la personne de Martine Aubry. Vous me permettrez cependant d'exprimer ma méfiance vis-à-vis de ce résultat car on nous annonçait largement Ségolène Royal, gagnante dans la nuit de samedi à dimanche pour découvrir, ô surprise, au petit matin, que c'était finalement la maire de Lille qui avait remporté le scrutin de... 42 voix. Bref, les instances du parti ont tranché, de 42 ou de 102 voix, de toute manière, ce n'est pas suffisant pour imposer son autorité et asseoir sa légitimité. Gageons que Ségolène Royal n'oubliera pas de lui rappeler qu'elle aussi dispose de la légitimité et peut revendiquer un militant sur deux qui a voté en sa faveur. Donc désormais, Royal en électron libre dans le parti ? Disons que c'était un peu déjà le cas avant et que pour aller plus loin, c'est un courant de plus voire un parti de plus dans le parti lui- même. En effet, elle est à la fois dedans et dehors avec Désir d'Avenir, ses bureaux Boulevard Raspail...
On se rappelle que Ségolène Royal avait fait de sa défaite aux présidentielles une quasi victoire, de cette échec pour arriver à la tête du PS, en fera t-elle un quasi triomphe ? Comme je n'ai cessé de le dire et de le répéter, on sait tous pertinemment que ce poste de 1er secrétaire Royal en voulait... ou pas. En effet, son objectif c'est la désignation du candidat à la présidentielle en 2011 et Royal veut concourir une seconde fois en 2012. Donc logiquement, mieux valait que ce soit Aubry ou une autre personne qui fasse le « sale boulot » pendant ces trois prochaines années qu'elle, bien entendu. Surtout dans le contexte actuel et les scrutins à venir à savoir les européennes en 2009 et les régionales en 2010. Le PS les ayant largement gagné la fois dernière, parions, malheureusement qu'il fera moins bien voire beaucoup moins bien s'il ne s'attèle pas à rénovation « vite fait bien fait ». Donc finalement, c'est tout bénef pour Royal. Elle a certes perdu, mais a su se montrer combative et puis arriver à quasi 50% sans aucune alliance, rien que portée par les militants, c'est quand même pas mal encourageant. Oui, oui, oui, Martine Aubry a gagné mais pas seule ! Delanoë en renfort, Hamon en renfort ! Et Royal qui à part les militants ? Il faut au moins lui reconnaître cela.
Maintenant, c'est évident que si Royal avait gagné, il lui aurait été plus facile pour elle de transformer le parti en un parti de masse et non plus en un parti de militants comme le veut la tradition au PS. Mais gageons que ses envolées lyriques sur la nécessité d'avoir du sang neuf au PS ne resteront pas lettre morte et que la nouvelle direction va aussi penser à rendre les cotisations moins chères qu'elles ne sont le actuellement. En effet, surtout par ces temps de situation économique difficile, la cotisation à 150 euros, n'est pas accessible à tout le monde et quand je dis tout le monde, je pense particulièrement aux classes populaires qui elles aussi peuvent et doivent s'intéresser à la politique mais par faute de moyens, ne peuvent pas adhérer. Je ne parle pas des étudiants, des chômeurs... Quoique, à en croire Cambadélis, un fidèle de DSK rallié à Aubry, les cotisations pour les chômeurs ne seraient que de l'ordre de 10 euros et qu'elles sont proportionnelles au revenu... Oui bah s'il faut être chômeur pour ne pas se ruiner en cotisations et participer à la vie démocratique de notre pays, merci bien...
En attendant, Sarkozy, Bayrou et Besancenot peuvent remercier le PS. Ils n'ont rien fait mais ce sont vers eux que les électeurs vont se tourner si le PS ne rétablit pas la situation très vite.
Nos dirigeants politiques s'expriment au nom des Français qu'ils représentent légitimement, nos hommes politiques socialistes parlent au nom des Français oui mais les Français voudraient sincèrement penser que leurs problèmes les préoccupent. C'est pourquoi, il faut désormais que le PS se mette en ordre de marche derrière Martine Aubry et s'attèle à la rénovation que nombreux, nous sommes à demander depuis quelques années. Que cessent les querelles d'ego, que le parti socialiste incarne à nouveau cette opposition constructive, cette force de propositions, cette alternative crédible à la politique de Nicolas Sarkozy.
On demandera naturellement à Madame Royal de s'exprimer mais non pas de court circuiter Martine Aubry qui représente désormais le Parti socialiste.